KAAMEK Domicile 23

Dossier de presse · double single

DOMICILE23

Partie 1 Partie 2

Deux freestyles de plus dans la série Domicile.
Deux parties d’un même texte.

Partie 1

Partie 2

Entrer dans le projet
01 Dans la pièce
02 Face au monde
↓
Le projetUn texte, deux parties

La série Domicile

Un même texte.
Deux morceaux.

Domicile est une série de freestyles dont les numéros dessinent la chronologie. Chaque son ajoute une étape au récit de Kaamek.

Domicile 23 fait exception dans sa forme : un texte écrit d’un seul tenant, au même moment, a donné naissance à deux morceaux. Ils restent réunis sous le même numéro, en partie 1 et partie 2.

Ce choix prolonge une exigence de narration : ce qui a été écrit mérite d’être raconté. Garder les deux titres permet d’aller au bout du texte, de lui laisser toute sa place et de conserver ce qu’un seul morceau aurait laissé de côté.

« Nique être le numéro un,
Moi, j’serai le numéro 23. »

Extrait des paroles · partie 1

Le 23, avant le classement.

Être numéro 1, c’est accepter une place définie par d’autres, et les règles d’un monde qui ne nous a pas toujours fait de place. C’est parfois apprendre à rentrer dans ses cases, jusqu’à modifier ce qu’on est pour obtenir ce qu’il récompense. Puis attendre que le classement désigne le suivant. Mais Kaamek l’affirme : « J’ai jamais voulu qu’la masse m’écoute. » L’envie de compter ne se confond pas avec celle de plaire au plus grand nombre.

Le 23 porte une autre ambition : écrire son histoire à l’encre indélébile. Marquer par ses gestes, par son allure, par ce qu’on laisse aux gens. Traverser les confrontations en gardant quelque chose à soi pour devenir un repère pour ceux qui viendront après, puis voir son maillot retiré et son nom entrer au Hall of Fame.

Sur les deux pochettes, le 23 brodé donne corps à ce désir de compter longtemps.

Domicile 23Partie 1

Le Fils de l’homme · René Magritte

Se présenter.
Garder le mystère.

La première pochette reprend la frontalité du Fils de l’homme : une silhouette droite, immobile, face à celui qui la regarde. La présence est entière, tandis que l’identité se dérobe. Chez Magritte, la pomme interrompt la rencontre avec le visage ; ici, un œil prend sa place.

Cette tension donne sa forme à la pudeur du morceau. Kaamek se tient devant nous, nous laisse entrer dans son écriture et garde une part de lui hors d’atteinte.

Le Fils de l’homme de René Magritte : un homme debout, le visage masqué par une pomme.
La référence de compositionLe Fils de l’hommeRené Magritte, 1964.Voir la référence ↗
Domicile 23 · partie 1

L’antre mental

« Tu veux voir ce qu’il y a dans ma tête ?
Attends seulement qu’ça pète. »

Paroles · partie 1

Comme dans Alan Wake 2, l’écriture donne forme à un espace mental. Kaamek nous y invite déjà à travers ses morceaux ; la pochette nous permet d’y faire un pas. L’invitation contient son risque de débordement : entrer dans sa tête, c’est approcher ce qui s’y accumule.

Le canapé et les feuilles au sol en font un lieu habité, où l’écriture s’accumule autour de celui qui essaie de lui donner une forme. « Y a qu’la haine dans ma tête, y a que des pâtes au menu. » Le tumulte intérieur partage la place avec un quotidien très ordinaire.

« Viens pas trop souvent, c’est ma cachette. » La pièce accueille celui à qui il accepte de la montrer, sans cesser de lui appartenir. On peut écouter sa musique et y reconnaître quelque chose de soi ; cette proximité ne donne pas pour autant la main sur son récit. Comme sa cachette, sa musique reste un espace dont il est l’auteur.

Le personnage s’y tient comme dans un cocon. La fenêtre ouvre sur un vide noir, traversé seulement par les rayons de la lune : même cette ouverture conserve l’enfermement. « J’parle à l’écho, mais le vide m’écorche. J’fais des rimes, j’ai raison même si j’ai tort. » Aucun paysage ne répond ; les rimes continuent de s’adresser à ce vide tout en lui donnant une forme. Dans l’antre mental d’un artiste qui écrit, les mots dessinent aussi le décor et en fixent les règles. Ce que le vers affirme peut y faire loi, même lorsque le monde extérieur lui donnerait tort.

Alan Wake 2 · le lieu mental ↗

La confidence prend un détour

Ce que la colère laisse sortir.

« Ma seule manière de me confier,
C’est démarrer la prod et insulter des mères. »

Ces lignes donnent une clé de la partie 1. La confidence passe par la colère, par l’insulte, par une musique assez forte pour porter ce qui serait retenu dans une conversation. La pudeur choisit sa manière de parler.

La posture droite et contenue du personnage garde cette tension devant nous. Autour de lui, les feuilles témoignent de ce qui a trouvé une issue dans l’écriture. Entrer dans la pièce, c’est entrer dans ce détour par lequel Kaamek arrive à se raconter.

« Ces bâtards ont voulu nous noyer, donc dans la violence, on a baigné. » Le refrain présente la violence comme un milieu dans lequel on a été plongé. Son « nous » élargit la confidence : la colère porte aussi une expérience partagée.

La pièce prend cette double valeur. Elle protège ce que le personnage garde en lui et matérialise ce qui le retient. Le cocon rassemble les pensées, les blessures et les phrases, jusqu’au moment où quelque chose pourra en sortir.

Le personnage assis sur le canapé brun, tendant ses deux majeurs avec les pouces levés vers nous.
Le personnage dans son antre mental
Passer à l’extérieur
Domicile 23Partie 2

Le Voyageur · Caspar David Friedrich

Face
au monde.

La deuxième pochette reprend la figure de dos du Voyageur contemplant une mer de nuages. Le regard suit celui du personnage et se porte sur un monde dont la brume laisse encore une partie inconnue.

La Défense remplace les montagnes, le toit prend la place du rocher, et l’Arche devient une porte à l’horizon. Un environnement familier se transforme en possibilité de départ. Le personnage est au bord du vide, prêt à se projeter.

« J’étais jeune, j’rêvais de cités d’or. On m’a jeté dans les cités gores. » La ville porte l’écart entre celle qu’il imaginait et celle dans laquelle il a grandi. À l’horizon, l’Arche ouvre la possibilité d’un autre paysage, tandis que les tours gardent la présence de celui qu’il connaît.

Détail du Voyageur contemplant une mer de nuages, de dos face aux montagnes.
La référence de composition · détailLe Voyageur contemplant
une mer de nuages
Caspar David Friedrich.Voir la référence ↗
Domicile 23 · partie 2

La lune a déjà une voix

Une interlocutrice dans le ciel.

« Trois du matin devant la lune, elle me dit : “T’es un branleur, va chercher la thune.” » La lune parle déjà dans le premier morceau. Dans la pièce, seuls ses rayons entrent ; sur le toit, cette interlocutrice devient visible. Elle appartient au dialogue intérieur et prend une place dans le paysage.

Son injonction pousse à se lancer. « Va chercher la thune » vient bousculer le retrait, appeler une sortie et une prise sur le monde. Face à elle, le personnage n’est plus seulement celui qui contemple : quelque chose l’appelle à agir. La lune accompagne ainsi le passage du cocon à l’élan, même lorsque les doutes restent sous la capuche.

L’éclat et ce qui reste

Des étoiles à sauver.

« J’ai donné mon cœur à des étoiles filantes, au final, c’était que des traînées. » Le mot « traînées » fait entendre l’insulte adressée à des femmes auxquelles il avait fait confiance. Il désigne aussi la trace d’une étoile après son passage. Sous la colère, une découverte douloureuse : il a donné son cœur à ce qui était fait pour filer, sans savoir que cet éclat ne resterait pas.

Avec « Les étoiles en haut, j’vais les racheter toutes », le rachat prend le sens d’un désir de sauvetage. Il voudrait les côtoyer, les arracher à ce qui les oblige à briller d’une certaine manière, leur permettre d’être autre chose que ce qu’on attend d’elles. L’image prolonge la blessure du premier morceau : avoir aimé leur éclat, puis chercher comment rejoindre celles qui le portent, au-delà de ce qu’elles sont obligées de montrer.

Le titre devient une paire d’ailes

L’écriture lui donne de l’envergure.

Les lettres de Domicile montent sur les côtés et descendent vers le centre du dos. Celles qui débordent du hoodie deviennent des ailes ; les lettres centrales et le 23 restent brodés sur le vêtement. Le personnage porte littéralement l’histoire qu’il écrit.

Domicile nomme sa série de freestyles, des morceaux faits dans sa chambre. Ce nom tient à un lieu intime, à une vie qu’on écrit depuis chez soi. Sur la pochette, c’est précisément cette écriture qui ouvre la silhouette vers le monde : le domicile devient ce qui lui permet d’en sortir. Ce qu’il compose à l’intérieur pourrait le porter au-dehors.

La jambe pliée prépare l’appui sur le bord du toit. Aux pieds, les Air Jordan donnent à cet élan l’imaginaire d’un corps capable de suspendre le temps en l’air ; au dos, les ailes du titre prolongent la métamorphose du papillon. Le 23 relie les deux. L’envol tient à ce qu’il a construit depuis sa chambre, à la manière dont il prend appui et au moment où il décidera de s’élancer.

Quitter son appui

« Quitter la Terre et m’en aller loin,
Oublier ma cité, ma terre. »

Ce vers donne une direction aux ailes du titre et à l’appui sur le toit. Le désir de départ est déjà écrit dans la partie 2 ; la pochette le retient au moment où il pourrait devenir un geste. « J’te jure que j’ai tout fait pour les apprécier, mais j’crois qu’j’suis né pour leur faire la guerre. » Partir emporte aussi la fatigue d’avoir essayé de rester. Dans l’illustration, les bras s’ouvrent et le corps commence à suivre ce que l’écriture avait lancé.

Le personnage vu de dos, bras ouverts, basculant vers l’horizon depuis le bord du toit.
L’envol, une autre pose du personnage
Le personnageLes vêtements dans le récit

Une identité, plusieurs incarnations

Le cocon.
L’envol.

Portrait peint du personnage : un œil noir superposé devant le visage, sous la capuche claire.

À chaque pochette, Kaamek fait vivre son personnage dans un autre univers artistique. On le retrouve à travers l’œil et la capuche, tandis que sa tenue, ses couleurs et sa manière d’être dessiné suivent le morceau. Domicile 23 le fait entrer dans un univers où les tableaux de Magritte et de Friedrich donnent une forme à ses états intérieurs.

Pour la première fois, une partie de sa peau apparaît. Comme la pomme de Magritte, l’œil s’interpose entre le visage du personnage et celui qui regarde l’œuvre. Il garde une part de son identité hors d’atteinte, mais retourne aussi la relation : nous cherchons à le voir, et c’est lui qui nous regarde.

Regarder pour ne pas être vu. L’œil transforme la pudeur en regard et fait du masque une présence qui nous observe. Ce qui nous empêche d’accéder au personnage semble soudain nous avoir repérés : une manière de jouer avec le quatrième mur, tout en conservant la séparation empruntée à Magritte.

« La lune m’a dit : “Si tu veux m’sauver,
Mets la PucheK, faut qu’tu caches tes doutes.” »

Paroles · partie 2

La capuche recueille ce conseil de la lune : cacher les doutes pour pouvoir se lancer.

Si le diable se cache dans les détails et s’habille en Prada, cette tenue mérite qu’on s’y attarde. Le sourire, le papillon, la paire et le numéro porté racontent eux aussi quelque chose.

Études du personnage : debout, assis sur le canapé et assis au bord du toit. Hoodie au sourire et au 23 brodé, pantalon ample et Jordan.
Études du personnage · debout, canapé, toit
Hoodie zippé à sourire Maison Mihara Yasuhiro, référence de la tenue. 01 / Le sourire

Maison Mihara Yasuhiro

Les émotions finissent toujours par trouver une issue. Kaamek les laisse passer dans sa musique ; son personnage, immobile et silencieux, les porte dans sa tenue. Ce que le visage retient apparaît ailleurs : le hoodie affiche le sourire.

« J’m’entraîne un sourire à l’endroit » dans la partie 1 répond à « Donc j’fais comme si tout allait bien » dans la partie 2. Le sourire est là, avec ce qu’il peut demander d’effort et ce qu’il peut couvrir.

Le hoodie Mihara a été épuré autour du sourire et du 23 brodé. Au dos, les lettres IC, prises au centre de Domicile, peuvent aussi évoquer les initiales de « I can », « je peux » : une confiance à enfiler. Un clin d’œil au saut de foi de Miles Morales dans Spider-Man : New Generation, lorsqu’il s’élance avant d’avoir la certitude d’être prêt.

« Le keuf, il m’dit : “Vide tes poches”,
Mais y a qu’un majeur en l’air dedans. »

Paroles · partie 2

Les mains restent dans les poches, avec ce que le morceau y dissimule de refus. Sur le hoodie, les chiffres rendent visible une autre réponse : le numéro qu’il a choisi de porter.

La pièce de référence ↗
Pantalon Needles H.D. Track Pant ample à bandes. 02 / La métamorphose

Needles H.D. Track Pant

Avant de s’envoler, le papillon a été une chenille. Le motif de Needles fait tenir les deux pochettes dans ce même mouvement : la partie 1 est le cocon, cet intérieur où quelque chose se prépare ; la partie 2 tourne le personnage vers un monde qu’il pourrait rejoindre.

Sur le toit, les lettres qui lui font des ailes reprennent ce mouvement. Le papillon reste sur le pantalon, mais son envergure semble se déployer autour du dos. La tenue et le titre donnent ensemble une forme à la métamorphose.

Keizo Shimizu rattache le papillon de Needles au tatouage de Steve McQueen dans Papillon. La métamorphose est la lecture que Kaamek lui donne dans Domicile 23.

L’histoire du papillon ↗
Air Jordan 4 White Cement, la paire choisie pour le personnage. 03 / Prendre son envol

Air Jordan 4 White Cement

Les Jordan portent aussi une idée de suspension : ce moment où un corps quitte le sol et paraît voler. Sur le bord du toit, le personnage semble prêt à prendre son élan. La paire rejoint alors les ailes du titre et le papillon du pantalon.

La Jordan 4 appartient également à une histoire qui dépasse les parquets, jusque dans Do the Right Thing de Spike Lee. Elle apporte à la tenue une pièce reconnaissable, chargée d’un imaginaire sportif et culturel.

« J’l’ai trop attendu,
J’vais plus jamais donner la balle, c’est mort. »

Paroles · partie 1

Après l’attente et les déceptions, la phrase revendique la responsabilité de la suite : garder le ballon lorsque vient le moment de décider. Le clin d’œil va au dernier tir de 1998. Dans le récit de Kaamek, l’image devient celle d’une victoire qu’on cesse d’attendre des autres, pour se donner enfin la possibilité de la créer.

L’archive Air Jordan 4 ↗
Voir l’étude de silhouette initiale
Première étude du personnage, avant l’œil superposé et l’épuration du hoodie.

La première étude de la tenue. Le visage et les détails du hoodie ont ensuite évolué vers les deux pochettes présentées dans ce dossier.

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Les deux parties.

Domicile 23 · partie 1

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Une K-PUCH et du rap.
Des ratures et des failles.
Une pudeur sous les sapes.
De la grossièreté dans les détails.

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Les références du dossier

Les associations entre ces références, les paroles et le personnage expriment la lecture artistique de Kaamek.